Les troubles de l’humeur du post-partum

La grossesse du point de vue de la médecine psychologique est l’événement le plus complexe de la vie humaine. – Ian Brockington

La grossesse étant une phase de développement, donc une crise d’identité, les enjeux biopsychosociaux sont autant de facteurs de risque de rechute, d’aggravation ou de déclenchement d’un trouble psychique.

LES TROUBLES AFFECTIFS DU POST-PARTUM PASSENT ENCORE SOUS SILENCE. POURQUOI ?

  • La période d’ajustement dite « normale » à la condition parentale comporte certains traits pouvant se révéler difficiles à distinguer des premiers symptômes reliés aux troubles affectifs (angoisse, insomnie, pleurs, fatigue, sentiment d’être en mauvaise santé).
  • Les femmes ne sont pas toujours disposées à en parler autour d’elles. Censées être heureuses et reconnaissantes, elles vivent embarras, regret, honte, culpabilité…
  • Les futurs parents sont bien informés des caractéristiques physiques de l’accouchement, mais peu préparés aux défis affectifs et aux facteurs de stress qui les attendent. Face à leur désarroi, ils concluent à une réaction inhabituelle et remettent en question leur capacité parentale.
  • Souvent les perturbations ne sont pas prises en compte par les proches et les professionnels et sont attribuées uniquement à un phénomène hormonal ou à une certaine faiblesse propre à la femme. La femme associe donc ses réactions à son nouveau rôle et a tendance à en minimiser la gravité ou même à les nier.

1. Quelques statistiques

  • Une (1) femme sur 10 souffrira de dépression durant sa grossesse, 1 sur 8 en post-partum.
  • Le taux de suicide est 70 fois plus élevé dans l’année qui suit l’accouchement que dans tout autre période de la vie des femmes (Appleby L. et al. 1998).
  • La première cause de mortalité maternelle est le suicide.

2. Mythe de la maternité

  • La période post-partum est un temps exclusivement positif dans la vie d’une femme.
  • Toutes les mères savent instinctivement comment prendre soin de leurs bébés.
  • Les mères ne ressentent que de l’amour pour leurs enfants et se sentent attachées à leurs enfants dès la naissance.
  • Être mère est une expérience de vie totalement satisfaisante pour toutes les femmes.

3. Les enjeux de la grossesse…

D’hier… à aujourd’hui…

HIER…
Les complications obstétricales les plus fréquentes étaient physiques.
AUJOURD’HUI…
Les complications obstétricales les plus fréquentes sont maintenant psychiatriques. *

HIER…
Familles très nombreuses donc un réseau d’aide bien organisé dans la communauté.
AUJOURD’HUI…
Familles peu nombreuses, le réseau naturel est surchargé par le travail et sa propre famille, donc beaucoup moins de support pour les nouvelles mamans.

HIER…
L’apprentissage du rôle de parent se transmettait de génération en génération.
AUJOURD’HUI…
Valorisation douteuse du rôle de parent.

HIER…
Rôles parentaux bien définis.
AUJOURD’HUI…
Conditions de travail souvent précaires = stress élevé.
Les idéaux de performance : la meilleure grossesse, le meilleur accouchement, le meilleur bébé, le plus beau des allaitements, un post-partum heureux…

4. Les troubles de l’humeur du post-partum

Il existe 3 troubles de l’humeur du post-partum soit : les blues, la dépression et la psychose du post-partum.

a) Les blues du post-partum (50 à 80% des femmes)

Par définition, les blues du post-partum est un phénomène transitoire, bénin et normal qui apparaît TOUJOURS à l’intérieur des 2 premières semaines après l’accouchement. Tous les troubles de l’humeur qui débordent cette limite ne sont plus des baby blues.

Ils se définissent par une «abondance émotionnelle» causée en grande partie par la chute d’hormones après l’accouchement. On pleure mais on ne sait pas pourquoi ! Quand on sait que le taux d’œstrogène passe à du 1000 pour 1 en 24 heures, on peut comprendre pourquoi… On peut y vivre aussi : peurs, angoisses, irritabilité, insomnie, manque de concentration, variabilité émotionnelle.

b) La dépression du post-partum (10 à 20% des femmes)

  • Si les blues durent plus de 2 semaines et perturbent les activités quotidiennes.
  • Si les sentiments négatifs tendent à prendre le dessus sur les positifs, même si on arrive à fonctionner relativement bien.
  • Peut aussi survenir n’importe quand au cours de la 1ère année suivant la naissance, même après une période sans symptômes.

Les symptômes de la dépression post-partum peuvent donc se manifester dans les 24 heures ou jusqu’à un an après l’accouchement. Ils sont les mêmes que la dépression majeure :

  • une humeur dépressive ou une diminution marquée de goût et d’intérêt
  • insomnie ou hypersomnie
  • agitation ou ralentissement psychomoteur
  • fatigue ou perte d’énergie
  • sentiments de désespoir, d’incompétence ou de culpabilité excessive
  • troubles d’attention et de concentration
  • pensées récurrentes de mort
  • Autres : peurs, perte ou gain de poids significatif, problèmes physiques, irritabilité, crises d’angoisse et de panique (avec ou sans autres symptômes), troubles obsesso-compulsifs, se sentir effrayée à l’idée de faire mal à son bébé, pensées récurrentes de mort.
  • un diagnostic et un suivi doivent être envisagés.

c) Psychose du post-partum (0,2% = 2 sur 1000)

  • Survient rapidement et soudainement, en général dans les 3 semaines suivant l’accouchement.
  • Troubles de pensées, incohérence, hallucinations, délires, extrême confusion.
  • La psychose est très rare, mais doit être traitée en toute urgence.

5. Je suis plus à risque si…

  • J’ai des antécédents de dépression du post-partum (50% de risque).
  • J’ai fait une dépression majeure durant ma grossesse (35% de risque)
  • J’ai des antécédents de dépression majeure (25% de risque)
  • Le risque pour la population en générale est d’environ 12% ²
  • Antécédents de troubles mentaux chez la femme et sa famille
  • Antécédents de dépression postnatale chez la femme et sa famille
  • Difficultés conjugales
  • Manque de soutien social, isolement
  • Bébé nécessitant beaucoup de soins
  • Nombreux événements stressants (mariage, deuil, maladie, déménagement, changement d’emploi…) dans les 2 années précédant la naissance ou l’adoption d’un enfant
  • Peurs, doutes et sentiments ambivalents face à la grossesse
  • Grossesse ou accouchement difficile et/ou traumatisant
  • Manque d’estime de soi
  • Attentes irréalistes face à la maternité
  • Peu ou pas d’expérience avec les enfants avant l’accouchement
  • Événements passés non résolus, antécédents de sévices corporels et sexuels
  • Certaines caractéristiques de personnalité (perfectionniste, sensible aux changements, humeur changeante…)

6. Les traitements possibles

  • Psychothérapie individuelle ou familiale/conjugale
  • Alimentation, exercice, sommeil
  • Participation à un groupe d’entraide
  • Prise de médicaments

Non traités, les troubles affectifs majeurs du post-partum peuvent avoir des conséquences sur la relation mère/enfant et sur le développement même de l’enfant.

7. Je demande de l’aide à…

  • Mon réseau naturel
  • L’infirmière du CLSC venue me visiter après mon accouchement
  • Mon médecin de famille
  • L’urgence de l’hôpital
  • Ressources-Naissances : Service à domicile (relevailles), café-rencontre et autres services.

* Stuart S. et al. Psychopharmacol. Bull.1998;34(3):333-338.
² O’hara MW et al. Post-partum Depression: causes and consequences. New York,Ny Springer-Verlag; 1995. O’hara MW et al. J Abnorm Psychol. 1984;93:158-171

Ce texte est en partie inspiré du  » Programme d’aide postnatal aux parents « , Bulletin de l’équipe consultative nationale, Hiver 1998

Les inquiétudes des nouvelles mamans

Nous souhaitons toutes avant la naissance de notre premier bébé être une mère calme et un peu portée à l’inquiétude.  Et pourtant, la plupart des mères se font du souci face à leur nouveau-né; l’attention se porte anxieusement sur les petites rougeurs, les gémissements, la couleur des selles, etc.  Souvent, on exagère l’importance des symptômes.

Qu’une mère soit inquiète pour son bébé, ceci est une réaction tout à fait normale qui révèle son instinct de protection et l’attachement qu’elle porte à l’enfant.  L’anxiété et l’inquiétude sont des sentiments rattachés à la première étape d’un apprentissage à faire; c’est aussi la manifestation de notre mobilisation émotive pour une tâche qui nous tient à coeur.  La plupart des mères vivent ces sentiments sur une courte période, car peu à peu au fil des jours, elles acquièrent plus de confiance.  C’est un peu comme lorsque l’on débute un nouvel emploi; il faut se donner le temps d’apprendre et de s’adapter avant d’espérer pouvoir travailler avec calme et sérénité.

Évidemment, cela dépend du tempérament de chacune.  On sait que certaines personnes sont plus perfectionnistes, s’attachent aux détails davantage ou doutent plus facilement d’elles-mêmes.  Beaucoup de mères avouent avoir été très émotives et se sentir incompétentes face au nouveau rôle.

Toutefois, l’inquiétude n’est pas typiquement féminin.  Il arrive que la mère soit plutôt calme et que ce soit le père qui est pris par l’inquiétude.  Aujourd’hui, les pères ont tendance à s’impliquer plus tôt pour les soins du bébé, ce qui les expose aussi à l’inquiétude.

Le remède à l’inquiétude, c’est l’expérience.  Au deuxième ou troisième bébé, les parents savent qu’un bébé, ce n’est pas aussi fragile qu’il en a l’air; ils savent aussi qu’il peut survivre même s’ils font des erreurs.

Si vous manquez d’expérience et que l’inquiétude vous gagne, il faut compter sur l’expérience de quelqu’un d’autre : communiquez avec une mère expérimentée ou toute autre personne qui a de l’expérience avec les bébés.  Pour combattre l’inquiétude, il est toujours efficace de partager notre vécu avec d’autres parents qui ont surmonté ces sentiments bien normaux, en autant que ces personnes respectent votre rythme et votre individualité, car chaque parent et chaque enfant est unique.

Ressources-Naissances peut vous apporter support et soutien dans cette période d’inquiétudes.  (418) 834-8085

L’isolement des nouvelles mamans

Nous entendons parfois des nouvelles mamans nous dire qu’elles se sentent isolées avec leur nouveau-né : «Comme dans un monde à part de la société».  Particulièrement, celles qui habitent en banlieue, éloignées de leur milieu d’origine et aussi, celles qui occupaient un poste valorisant socialement sur le marché du travail.

Aujourd’hui, dans plusieurs quartiers s’alignent de belles maisons neuves qui se vident de leurs habitants les jours de semaine; maris et femmes sont au travail, les enfants à la garderie ou à l’école.

Parfois, on peut voir une mère qui promène son bébé dans des rues désertiques.  Elle n’a que très peu d’opportunités d’échanger avec d’autres adultes au cours de sa journée; sa vie sociale peut être réduite à tel point que son quotidien devient déprimant.

Souvent, les femmes ont hâte de réintégrer le marché du travail.  Certaines ont le goût et la possibilité de demeurer avec leurs enfants, mais se sentent partagées, car ce choix les condamne à une certaine solitude qu’elles supportent mal.  Le contexte social les amène à regretter leur ancien travail et à y retourner même avec des conditions minimales.

Dans certaines villes, on a trouvé une solution pour diminuer l’isolement de la mère au foyer.  On organise des rencontres où mères et enfants se réunissent quelques après-midi par semaine.  Les mères conviennent ensemble des activités pour elles-mêmes et les enfants.  Ceci permet d’enrichir les contacts de la mère et de l’enfant.

Ressources-Naissances peut aussi aider à briser l’isolement, soit par ses Café-rencontres.  Venez tenter l’expérience le mardi ou vendredi, en avant-midi, entre 9h00 et 11h00.  Aucune inscription n’est requise.  Pour plus de renseignements : (418) 834-8085.

La fatigue après un accouchement

 Plusieurs mères consultent parce qu’elles ne réussissent pas à se débarrasser d’une fatigue qui persiste après un accouchement.

Les causes de la fatigue sont multiples et il est d’abord important d’investiguer si cette fatigue n’est pas le symptôme d’un problème physique : anémie, hypoglycémie, dérèglements thyroïdiens, etc.  Les tests prescrits par le médecin peuvent ne pas être concluants; la mère doit toutefois demeurer vigilante et demander, s’il le faut, des examens plus approfondis.

Mais il arrive aussi que la fatigue provienne de notre façon de vivre et de voir les choses.  Par exemple, beaucoup de jeunes mères veulent une maison impeccable, faire une cuisine élaborée, faire de l’exercice, bien s’occuper du bébé et faire plaisir à tout le monde.  Évidemment, la fatigue s’installe lentement.

Après un accouchement, il est important de se donner le temps et les moyens de bien récupérer.  Souvent, la femme qui vient d’accoucher réclame peu ou pas d’aide, elle se dit capable de se débrouiller seule et abat une somme de travail considérable à un moment critique où le corps exige un repos essentiel.

Une attitude soucieuse et inquiète peut aussi entraîner de la fatigue puisqu’une tension mentale se répercute automatiquement sur le corps.

Combattre la fatigue après un accouchement…

  • c’est s’organiser pour avoir des moments de détente variant selon les goûts et les besoins de chacune;
  • c’est apprendre à établir des priorités en éliminant pour un temps certaines activités;
  • c’est se donner le droit d’accepter et de demander de l’aide;
  • c’est reconnaître que notre bien-être physique vaut bien le dix ou vingt dollars à payer pour de l’aide domestique ou du gardiennage;
  • c’est aussi savoir dire non, décrocher le téléphone, afficher dans la porte que bébé et maman font la sieste, etc.

Pour en savoir plus sur notre service d’assistance à domicile, qui peut faire toute la différence pour aider à soulager la fatigue, téléphonez à Ressources-Naissances au (418) 834-8085.

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